Méthode de médiation, la place de l’autre au coeur de la conciliation par Alain Pekar Lempereur , Aurélien Colson, Jacques Salzer aux éditions Dunod.
La médiation est devenue un mode de résolution des conflits dont le champ d’application tend de plus en plus à s’élargir : médiation en entreprise, médiation familiale, médiation scolaire, médiation sociale, médiation culturelle, médiation de voisinage, médiation pénale, mais aussi médiation institutionnelle (juges, conseillers prud’hommaux, avocats). La médiation représente un nouveau mode de régulation sociale, alternatif à la justice, qui a aussi pour but de recréer du lien social et de contrer un modèle de société dans lequel la judiciarisation serait la règle. Au modèle de Méthode de négociation, cet ouvrage est centré sur les principes communs à toutes les médiations, d’où le terme de Méthode.Sommaire :
Périmètre de la médiation.S’interroger sur l’existant avant de proposer une approche méthodique.Pertinence de la médiation. Prendre conscience des avantages et des limites de la médiation.Principes de la médiation. Structurer des principes de fonctionnement. Pré- médiation. Préparer la médiation avant d’agir. Processus de médiation. Etablir un processus avant de traiter du fond. Du passé au présent: analyser le problème. Saisir les données du conflit avant de se risquer à le résoudre. Du présent au futur: imaginer les pistes de solution. Chercher les solutions possibles avant de prendre un engagement éventuel. Pièges et préjugés en médiation. Surmonter les difficultés avant de renoncer. Pratiques en perspective. Evaluer les résultats avant de renouveler l’expérience.
La médiation se généralise en France, s’étendant à tous les niveaux de la société, de la famille à l’entreprise, du pénal à l’institutionnel. Ce nouveau mode de régulation sociale offre une alternative au tout judiciaire, invitant à recréer du lien social. Si aujourd’hui cette activité est peu professionnalisée, elle nécessite de respecter certaines règles et certains principes. Méthode de médiation (Dunod, 2008) de Alain Pekar Lempereur, Jacques Salzer et Aurélien Colson, propose aux médiateurs et futurs médiateurs le premier ouvrage pratique et méthodologique sur la médiation, précisant son périmètre, ses principes, son processus, les pièges et les méthodes d’évaluation… un guide utile aux bénévoles comme aux professionnels. L’interview vidéo d’Alain Pekar Lempereur et d’Aurélien Colson est consultable sur le site www.dunod.com
Quelle est la différence entre médiation et négociation ?
Alain Pekar Lempereur (APL) – La différence est dans le passage de deux à trois : deux parties en conflit, lorsqu’elles ne parviennent pas – ou plus – à travailler ensemble à un accord, peuvent appeler un tiers neutre, impartial et bienveillant pour les y aider. La négociation s’engage alors, ou bien se poursuit, mais facilitée par le médiateur qui aide à renouer les liens entre les personnes, à suggérer de bonnes règles de processus pour un travail efficace, voire à soutenir les parties dans leur recherche de solutions aux problèmes de fond.
Aurélien Colson (AC) – Un lien demeure entre ces approches : dans la médiation et la conciliation, comme dans la négociation, les parties demeurent libres de leur décision finale. Chacune d’elle peut, à tout moment, se retirer du processus et le médiateur ne peut l’en empêcher. Ce libre arbitre, qui semble fragiliser la médiation, fonde en fait sa force : les parties acceptent d’autant mieux la médiation, et son résultat, qu’elles savent que rien ne pourra se faire contre leur gré.
Dans quel cas est-il judicieux de recourir à un médiateur ?
JS – Il faut souligner la grande diversité des secteurs qui se prêtent bien à la médiation, et où celle-ci se développe : la médiation familiale (tant dans le couple et les difficultés conjugales ou la séparation, que dans la gestion ou la transmission d’entreprises familiales, ou encore dans les relations entre générations et les questions de succession), la médiation sociale dans la ville ou le monde rural et agricole (entre voisins, entre propriétaires et locataires, en copropriété), dans le monde scolaire (entre élèves, entre enseignants, parents et personnel administratif), dans l’entreprise ou l’administration (entre divers services, ou entre différents niveaux hiérarchiques), entre entreprises (entre clients et fournisseurs), avec des consommateurs ou des usagers. Il y a aussi la médiation environnementale (aménagement du territoire, entre associations d’habitants et activités polluantes, etc.), et bien sûr la médiation internationale, entre pays en conflit.
AC – Il peut s’agir de médiateurs informels, intervenant entre deux collègues ou deux proches, sans même savoir qu’ils font une médiation ; ou bien de médiateurs ponctuels, désignés par un juge par exemple ; ou enfin de médiateurs institutionnels, permanents d’une organisation : le Médiateur de la République, le Médiateur de l’Association française de banques, les médiateurs du Forum des droits sur l’Internet, etc.
APL – Dans tous ces exemples, une médiation bien menée aide à dépasser le passé, pour construire des solutions durables. Ses avantages sont multiples : rétablir un canal de communication, gérer les émotions négatives et empêcher le risque d’escalade, préserver la confidentialité vis-à -vis de tiers, clarifier les problèmes à résoudre, favoriser une reconnaissance réciproque préalable à la recherche de solutions, encourager la créativité, parvenir à une solution plus rapide et moins coûteuse, etc. En un mot, lorsqu’elle réussit (et c’est le cas au moins deux fois sur trois), la médiation aboutit à une solution mieux acceptée par les parties, car c’est la leur.
Quel est le point fondamental d’un bon processus de médiation ?
AC – Agir avec méthode. Certes, chacun peut s’improviser médiateur, et certains le font avec succès – entre membres d’une famille, entre collègues de travail. Mais, hormis des cas restreints, la médiation et la conciliation ne peuvent se fonder ni sur l’improvisation, ni sur la seule intuition. Des outils et des techniques existent, des bonnes pratiques sont disponibles, des principes éclairent, des pièges et leurs parades sont identifiés : le tout forme une méthode qu’il est possible de s’approprier.
APL – Cette méthode, c’est un chemin qui mène du passé vers le futur. Ce voyage se prépare : l’avant-médiation est un moment décisif, où le principe même d’une médiation est retenu, où le médiateur est identifié, accepté par les parties, ou chacun – médiateur, parties, conseils – se prépare aux échanges à venir. Puis vient l’entrée en matière, lors de la première réunion de médiation. Le médiateur ouvre, avec les parties, une « PORTE » : P comme présentations réciproques, O comme objectifs de la médiation, R comme règles du jeu, T comme temps de la médiation, enfin E comme étapes.
JS – Ces étapes recouvrent deux grands mouvements. Celui qui mène du passé au présent, tout d’abord : identifier les points à traiter, décrire les situations problèmes telles que chacun les a perçues et leur évolution jusqu’à ce jour (vues par les parties A, B, C, etc., de façon à construire une vision globale partagée), approfondir les motivations en présence, enfin travailler si possible à une reconnaissance mutuelle des intérêts et besoins. Puis vient l’étape qui mène du présent au futur : imaginer le plus grand nombre de pistes de solutions répondant aux besoins de A, de B, de C, les évaluer en choisissant une compatibilité de solutions si possible satisfaisantes et tout au moins acceptables, commune aux parties, et s’engager à les mettre en Å“uvre.
Quels pièges sont fréquents en médiation ?
APL – La médiation n’est pas un long fleuve tranquille… Des problèmes surgiront, résultant soit d’initiatives malheureuses du médiateur, soit du comportement des parties. Au chapitre 8, nous avons ainsi recensé 26 comportements à risque pour le médiateur, en analysant pour chacun les causes probables de ces comportements instinctifs, les risques encourus, les recommandations et bonnes pratiques de rechange, enfin le résultat escompté. Par exemple, croyant bien faire, le médiateur peut avoir une gestion autoritaire du processus, ou bien s’approprier le fond du problème et se poser en donneur de leçons – autant d’intuitions contre-productives.
JS – De leur côté, les parties peuvent aussi, par leur comportement, poser des embûches. Parfois en toute bonne foi, d’ailleurs – la mauvaise foi se produit aussi, et nous évoquons les manières de la traiter. Nous avons identifié près de vingt situations « difficiles » en médiation : le désaccord sur les faits, le mutisme d’une partie ou au contraire le trop-plein de paroles, les attaques personnelles, les manÅ“uvres dilatoires, l’évitement, etc. Pour aider les médiateurs, mais aussi pour sensibiliser les parties à ces risques, nous éclairons une soixantaine de « chemins » de réponse. Cela ne garantit pas le succès, bien sûr, mais propose au médiateur un véritable répertoire dans lequel puiser.
Y a-t-il un profil type du médiateur ?
AC – Non, et c’est très bien ainsi ! La médiation puise sa force dans la diversité des styles et des façons de faire. Dans ce livre, nous avons essayé de réunir les « meilleures pratiques » rencontrées dans notre expérience, ou dans celle des médiateurs avec lesquels nous avons échangé. Ce n’est donc pas « la » méthode, mais « une » méthode, dans laquelle chacun – médiateur, partie en conflit, conseil d’une partie – pourra puiser pour éclairer au mieux le chemin qui le mènera hors du conflit.
JS – Nous distinguons cependant deux grands « modèles » de médiateur : l’aviseur, qui se donne pour mission de trouver des solutions pour les parties, et s’il le faut à leur place. Et puis l’accoucheur, qui souhaite au contraire que les parties trouvent elles-mêmes leurs solutions : il s’inspire de la maïeutique, cet art du questionnement et du dialogue, pour aider les parties à faire naître leur propre solution. APL – À la croisée des deux modèles se trouve l’accoucheur qui s’accorde la possibilité, si besoin, d’être donneur d’idées – et non-donneur de leçons ! Libre aux parties, ensuite, de reprendre ou non à leur compte ces idées. Dans le temps, il est souvent judicieux que le médiateur commence par être facilitateur et seulement s’il le faut, il deviendra donneur d’idées.
L’évolution de la médiation passera-t-elle par la professionnalisation ?
APL – Nous vivons en France une forme de paradoxe : tout le monde parle de la médiation, les institutions sont de plus en plus nombreuses à se doter de médiateurs permanents, la médiation est « à la mode ». Et pourtant, la part des conflits et litiges traités par la médiation ou la conciliation reste infime. Très inférieure, en tout cas, à ce qu’elle est dans d’autres pays, comme la Grande-Bretagne ou le Canada. Pour une part, cette situation tient aux caractéristiques des systèmes juridiques. Mais pour une autre, malgré les efforts des centres de médiation, malgré les démarches d’organisations comme l’Association nationale des médiateurs, la médiation n’a pas encore acquis la place qu’elle mérite.
JS – Cela pose la question de l’institutionnalisation de la médiation : les rapports officiels, rédigés par des parlementaires ou des magistrats, y concourent. Mais cela pose aussi la question de la professionnalisation des médiateurs. Non qu’ils ne soient pas professionnels, bien sûr : mais la médiation reste une profession très atomisée, sans certification unanimement reconnue. Tout le monde peut se déclarer médiateur, ce qui est très bien pour une part, mais peut poser des problèmes de reconnaissance et de crédibilité aux yeux du grand public.
AC – De ce point de vue, une évolution intéressante est l’intérêt croissant des avocats pour la médiation, car ils comprennent qu’elle offre une intéressante solution de rechange au contentieux et qu’ils peuvent y jouer un rôle essentiel.
La bibliographie que vous présentez sur le sujet est assez importante ; comment situez-vous votre ouvrage ?
AC – Cette bibliographie est un outil pour aller plus loin. Elle reprend les principaux ouvrages existants, en les classant par catégorie – médiation familiale, scolaire, internationale, etc. Notre livre, lui, tente d’embrasser, sous l’angle du processus et des manières de faire, la médiation dans son ensemble. Cette Méthode traite de la médiation en tant que processus, dans ce qu’elle a d’applicable à tout type particulier de médiation – diplomatique, familiale, pénale, de la consommation, du travail, interentreprises, etc.
JS – C’est un livre qui relie les théories au vécu, rassemblant les fruits de l’expérience, de la recherche et de l’enseignement. Nous avons essayé d’y inclure beaucoup d’exemples et d’illustrations.
APL – Nous avons aussi indiqué les meilleurs titres anglo-saxons sur la médiation ; mais je pense pouvoir dire qu’il n’y a pas en anglais de livre récent ayant la même approche – ce qui nous invite, bien sûr, à travailler dès à présent à la traduction de Méthode de médiation…
+ d’infos : dunod.com
Association Nationale des Médiateurs : mediateurs.asso.fr
Centre de Médiation et d’Arbitrage de Paris : mediationetarbitrage.com
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